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Sans pain, sans fricot, au treizième
on n'boit que de l'eau !!

 
 
 
 

Hommage du Colonel Morin à l'Adjudant Pican.

 

 





 

 

Mon Adjudant,

Jusqu’à hier matin, pour vous, « se tenir au difficile avec le sourire sinon avec courage » correspondait simplement à votre quotidien. Dans les rangs du 13ème Bataillon de chasseurs alpins, en particulier dans ceux de l’élite des unités de recherche humaine ou groupe commando de montagne et, auparavant, à Bourg Saint Maurice, cette règle vous était un principe de vie naturel, évident et attirant, comme le soulignent les étapes de votre carrière au service des armes de la France, service pour lequel vous vous étiez engagé le 1er septembre 1992. Outre vos affectations, le nombre et le niveau exceptionnel de vos qualifications techniques, vos immenses qualités de soldat montagnard, chef de détachement de haute montagne été-hiver depuis 2001, vos promotions dans les grades de sergent chef le 1er juillet 2000 puis d’adjudant dès le 1er mai 2004 et vos états de service en missions opérationnelles soulignent la haute qualité de votre engagement humain.
Jusqu’à hier matin, partout où vous avez été engagé, au Liban de mars à septembre 1994, en Bosnie puis Croatie de mars à août 2000, au Kosovo d’août 2001 à janvier 2002, puis de nouveau de juin à octobre 2004, en République de Côte d’Ivoire de février à juin 2005 et , enfin, ici, en Afghanistan depuis le 8 septembre, votre rigueur et votre expérience, votre professionnalisme ont fait honneur à votre unité, à votre Brigade, à votre pays, mais surtout ont marqué vos chefs, vos pairs et vos hommes.

Depuis hier matin, la violence meurtrière, perfide et lâche, qui vous a trompé et a soufflé votre vie, a bouleversé nos cœurs de douleur. Exceptionnellement fort physiquement, toujours à l’écoute et d’une remarquable intelligence dans le commandement de proximité, d’un esprit très discrètement cultivé et brillant, vous vous étiez attaché par le simple rayonnement de votre personne l’amitié exigeante, sûre et fraternelle de tous ceux avec qui vous cultiviez le même goût de l’action.
Depuis hier matin, sur les visages de tous ceux qui vous ont commandé, de tous ceux avec qui vous partagiez la passion de votre métier et spécialité, de tous ceux que vous avez formés et encadrés, de tous ceux pour qui vous étiez à la fois un exemple, un modèle et un admirable compagnon d’armes, sur les visages de tous ceux là, coulent les larmes.

Aujourd’hui, votre mort au combat, votre mort dans le combat de la France pour soutenir un Etat nouveau menacé par le terrorisme d’une idéologie confessionnelle qui nie à la vie toutes les valeurs que notre pays défend en faveur de l’épanouissement des nations et des peuples dans la paix, en faveur de la reconnaissance et du respect du mystère de chaque homme, votre mort, donc, nous prive du sourire qui, nous chasseurs alpins, nous éclaire d’habitude dans l’effort, la difficulté, l’épreuve.
Aujourd’hui, mon Adjudant, alors que votre femme et sa petite fille, que votre famille, souffrent plus encore que nous même, sachez que nos larmes, que chacune de nos larmes, ne sont en réalité que l’expression du sourire de nos cœurs qui vous appréciaient, qui vous aimaient.

Demain, ensemble, avec une pensée pour vous, nous poursuivrons l’engagement qui était le vôtre. Nous honorerons par notre action résolue votre souvenir. Nous garderons ce que vous nous avez apporté par votre vie à nos côtés.

Demain par la pensée, vous serez encore dans nos rangs, haut sur nos sommets